Guerre des étiquettes : le choc entre viande et végétal divise la société

Une guerre culturelle autour de l’étiquetage des produits végétaux

Dans une boucherie sans viande à Cologne, on peut commander des produits végétaux comme le « Leberkäse » ou les « bockwursts », vendus sous des noms amusants tels que « Keine Salami ». Derrière cette ambiance rétro se joue un conflit d’actualité : l’étiquetage des steaks végétaux, des burgers ou encore des saucisses de soja devient un sujet de débat entre défenseurs de la viande et partisans du végétal.

Autour de cette « boucherie végane », les passions s’enflamment. Le Parlement européen a récemment voté pour interdire l’usage de termes comme « burger végétarien » ou « escalope végétarienne ». Cette mesure a été portée par l’eurodéputée Céline Imart, qui évoque un « risque de confusion » pour les consommateurs, rapporte le quotidien allemand Die Welt. Des menaces de mort ont été proférées après l’ouverture de la première boutique à Dresde, et des appels au boycott ont été lancés sur les réseaux sociaux. L’alimentation végétale devient ainsi un enjeu symbolique de guerre culturelle, bien au-delà de la simple consommation.

Les raisons de la tension autour de l’étiquetage

La viande occupe une place centrale dans la culture alimentaire. Elle symbolise souvent la réussite, la fête ou la tradition familiale. En Allemagne, Nils Steiger, fondateur de « Die vegane Fleischerei », explique que le secteur végétal bouleverse ces représentations. Il souligne que lors de l’ouverture de sa boutique à Dresde en 2023, il a reçu une lettre de menace de mort. Pourtant, la consommation de viande reste très majoritaire : selon l’office fédéral de la statistique, chaque Allemand consomme en moyenne 53,2 kilos de viande par an, contre seulement 1,5 kilo de substituts végétaux.

Les mots utilisés pour désigner ces produits deviennent des marqueurs de camps. Jörg Pfirrmann, président de Rügenwalder Mühle, dont 70 % du chiffre d’affaires provient désormais d’alternatives végétales, avertit que l’interdiction de certains termes pourrait lui coûter plusieurs millions d’euros. De leur côté, certains députés européens comme Peter Liese, de la CDU, critiquent cette initiative qu’ils jugent « absurde ». Des associations telles que l’European Vegetarian Union ou ProVeg assurent que personne ne confond un steak de soja avec un vrai steak de bœuf.

Le débat juridique en France

En France, un décret prévu pour mai 2024 aurait interdit l’usage de termes comme « steak », « escalope » ou « jambon » pour des produits végétaux. Saisi par des industriels, le Conseil d’État a suspendu ce décret le 10 avril 2024. La juridiction a estimé que la France risquait de s’écarter du cadre européen fixé par le règlement (UE) n° 1169/2011, qui encadre l’information des consommateurs.

Après une décision de la Cour de justice de l’Union européenne en octobre 2024, la France a annulé en janvier 2025 ses décrets. Elle a précisé que l’on pouvait utiliser des dénominations descriptives telles que « steaks de soja » ou « saucisses végétales », à condition de ne pas induire en erreur sur la nature du produit. La direction générale de la consommation insiste sur l’importance de consulter la liste d’ingrédients et le tableau nutritionnel pour faire un choix éclairé.

Les orientations de l’Union européenne sur les appellations végétales

Au niveau européen, un nouveau règlement (UE) 2026/1739 a été adopté en juillet 2026. Il précise la définition de la « viande » et limite l’usage de certains termes comme « steak » ou « foie » aux produits issus d’animaux abattus. Ce texte entrera en vigueur en août 2026, mais les nouvelles règles sur les dénominations ne s’appliqueront qu’à partir de 2029, avec une période de transition jusqu’en 2032. Pendant ce laps de temps, les produits végétaux pourront continuer à utiliser des appellations telles que « burger » ou « saucisse ».

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